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Pas de patineur chez les pisteurs !

JS_nordiqueParmi les nombreux métiers spécifiques au milieu montagnard, et nécessaires à son exploitation touristique, tout le monde connait l'accompagnateur, le guide, le moniteur, le perchman, le pisteur ...
Il y a également une profession méconnue et peu répandue dans nos massifs alpins : celle de pisteur-secouriste nordique.
Rencontre avec Pierre Bottex, du Centre Nordique de Peisey-Nancroix.
Vous êtes originaire du Bugey ... comment un jurassien, fondeur dans l'âme, vient-il à s'installer dans une vallée dévolue au ski alpin ?
Pierre Bottex :"Je suis arrivé en tant qu'accompagnateur. Le bureau des guides recrutait pour le nouveau Club-Med de Peisey-Vallandry. Pendant trois ans je ne suis venu en Tarentaise que pour la saison d'été. Un poste de pisteur s'est libéré au centre nordique de Peisey, j'avais le diplôme de pisteur-secouriste nordique depuis 2005 ..."

Nordique en Tarentaise, a priori cela fait un peu "vilain petit canard" ...
"Au début c'était un peu bizarre ... les collègues du bureau des guides sont tous moniteurs ou pisteurs alpins ... mais quand j'ai commencé à travailler sur le site je me suis aperçu que de nombreux peiserots venaient faire une boucle après leur travail !
Qu'est ce qui différencie la formation d'un pisteur-secouriste alpin de celle de son homologue nordique ?
"Pour commencer, le test d'entrée est différent : 15 km avec un sac de 10kg et une descente en terrain varié. Après le tronc commun, la formation finale porte surtout sur la pratique du secours en moto-neige en sur la conduite d'un engin de damage."
Le travail au quotidien ?
"Les secours ne représentent qu'une faible part de notre temps de travail : il y a effectivement moins d'accidents que sur les pistes alpines. Il y a un gros travail de balisage en début de saison ou à l'occasion de modifications de tracés  manque de neige, risque d'avalanche ..."
"A certains moments, il y a des décisions à prendre et des choix à faire suivant les informations météorologiques et nivologique que nous collectons."

Et l'expérience des anciens du pays ...
"C'est vrai on en a besoin, mais elle est parfois remise en cause par le changement climatique. Il y a de nouvelles conditions : les anciens nous disent par exemple qu'il ne neigeait pas en dessous de -5°. Dernièrement on a eu une bonne quantité de neige à -10° ... Un ancien pisteur du site a constaté dernièrement que ce type de neige se retrouvait plutôt au Etats Unis dans les Rocheuses ..."
Le ski de fond est viable en Tarentaise ?
"Une petite structure comme Peisey n'est pas rentable : il y a des gros frais de personnel et de damage, et le prix du forfait est sous évalué en France : 5 à 10 € la journée."
"Une heure de damage coute environ 500 € (machine, personnel, carburant ), chaque jour il faut 5 à 10h heures pour damer toutes les pistes : 2 vertes, 1 bleue, 1 rouge, 1 noire, la boucle gratuite et les pistes piétonnes. ...
"Mais sur une station comme Peisey-Nancroix c'est un vrai plus ! Si on vient à Peisey plutôt qu'aux Arcs, c'est pour son ambiance village et le ski de fond y participe. De plus notre site est vraiment multi-activités : ballades en raquette, chien de traineaux, cascade de glace, traineau à cheval ...

Comment est organisé le site ?
"Nous sommes 5 pour gérer le parc de location (fond et raquettes), l'accueil, le gîte d'étape communal, le damage et la sécurité. Les deux pisteurs sont plutôt polyvalents : on remplace le dameur pendant ses congés et on aide à la location et à l'entretien des skis quand on n'est pas sur les pistes. C'est ce qui m'a vraiment plu quand je suis arrivé à Peisey !"
Vos montagnes ne vous manquent pas ?
"Je regrette un peu la culture du ski de fond qu'il y a là bas, même dans les villes. Dans quasiment toutes les maisons on trouve du matériel nordique !"
"Les beaux sites de ski de fond en Tarentaise seraient considérés comme "mineurs" dans le Jura, pour compenser la petitesse de leur domaine, les foyers de ski de fond ont développé les services et l'accueil."
"Mais c'est vrai, parfois les grands espaces du Haut Jura me manquent un peu ..."